Face à un évènement ou une perspective que l’on redoute et qui nous terrifie, nous avons bien naturellement le réflexe d’essayer de :
- nous apaiser
- nous raisonner
- nous changer les idées
car c’est tout à fait insupportable d’envisager que cela arrive, et c’est tout à fait compréhensible !
Mais parfois, souvent même, l’apaisement obtenu grâce à ces « stratégies » n’est que temporaire. Et les pensées terrifiantes reviennent, parfois sur le même sujet, parfois sur un autre, et nous demandent encore plus d’énergie pour lutter contre ces peurs et essayer de nous apaiser.
Un cercle vicieux se met alors en place : plus on essaye de se rassurer, plus la peur gonfle.
Mais pourquoi ?
Parce que la peur est une émotion, c’est à dire une réaction physiologique incontrôlable, déclenchée par notre cerveau face un danger, qu’il soit réel ou imaginaire !
Et les émotions ne parlent pas le langage de la raison. Essayer de raisonner une peur, revient à essayer de parler espagnol à un chinois (ou vice versa) : aucune chance de se faire comprendre !Dire à la peur « tu n’as pas de raison d’être là » (en essayant de se raisonner ou de se changer les idées) c’est comme lui claquer la porte au nez. Elle n’aime pas… Elle va revenir frapper à la porte un peu plus fort pour continuer son « job » et vous alerter d’un danger (même imaginaire !). Et ainsi de suite, à chaque fois que vous refermez la porte, elle revient plus forte.
Oui la peur est persévérante mais parce qu’elle est utile ! C’est elle qui nous permet de freiner pour éviter de rentrer dans la voiture qui pile juste devant nous, ou de rattraper notre enfant par le bras de justesse lorsqu’il s’apprête à traverser la rue sans regarder. La peur peut nous sauver la vie !
Et parfois nous la pourrir… J’entends parfois les patients me dire que « c’est n’importe quoi », « c’est improbable que cela arrive », « je devrais bien savoir que ça n’est pas possible, je suis stupide ! » (ce qui rajoute au passage une couche de culpabilité ou de honte). Mais je ne suis pas d’accord, nous ne sommes pas fous, nous sommes des êtres logiques ! La plupart des choses que nous redoutons pourraient bien arriver ! Oui, nos proches peuvent mourir, oui nous pouvons tomber gravement malade un jour, oui notre conjoint peut nous quitter, etc. Et cela est terrifiant, nous avons bien raison d’avoir peur en y pensant !
Alors on fait quoi ?
Quand la peur a pris le dessus dans notre vie et nous « pourrit la vie », c’est bien souvent parce que paradoxalement, nous n’allons pas assez loin dans ce que nous redoutons. Comme si imaginer le pire pouvait nous engloutir ou même le provoquer.
Lorsque nous essayons de nous raisonner ou de nous changer les idées, nous nions cette peur, en espérant qu’elle disparaisse. Mais est-ce que nier quelque chose l’a déjà fait disparaître ? Bien sûr que non. Mettre la tête dans le sable n’élimine pas le danger.
La peur, comme toute les émotions, a besoin de pouvoir s’exprimer et d’être entendue pour diminuer. La peur a besoin d’être traversée, « affrontée ». Cela signifie que pour disparaître (ou au moins revenir à un niveau beaucoup plus supportable) il faut lui faire face, et la regarder « en profondeur ». C’est à dire d’envisager LE PIRE, ce qu’il pourrait arriver si… et aller « jusqu’au bout »
Comme c’est terrifiant, c’est un exercice difficile et engageant qui se fait une première fois en séance de thérapie brève, avec le thérapeute.
Puis, une fois que la peur a été affrontée en séance, vous pourrez refaire l’exercice chez vous, grâce à des « exercices » spécifiques et adaptés à chaque personne et à chaque situation.
Envisager ce qui pourrait arriver de pire permet plusieurs choses essentielles :
- « accueillir », c’est à dire entendre la peur, lui ouvrir grand la porte. En faisant cela, comme pour toute émotion, elle va dégonfler et perdre en intensité
- réaliser que nous avons des ressources pour faire face à ces scénarios terrifiants
- découvrir qu’il y a le pire redouté n’est parfois pas « si pire » qu’on imaginait
L’apaisement est en général rapide et le patient, en expérimentant cette nouvelle manière de « gérer » la peur, acquiert de nouvelles compétences et devient autonome par la suite.
